L’Asie > Amsterdam

7 juillet 2015 - 11:29 Exposition

Avec plus de 170 objets provenant de Chine, du Japon, d’Inde et de Batavia, le Rijksmuseum conte, à partir du 17 octobre, l’histoire de l’empire maritime mondial de la jeune République des sept Provinces-Unies des Pays-Bas durant le Siècle d’Or. Laques, ivoires, argenterie, soie, ébène, joaillerie et de très nombreuses porcelaines affluèrent jusqu’à Amsterdam, la « capitale » mondiale alors trépidante, et enrichirent les intérieurs des maisons des bourgeois hollandais de plus en plus riches.

Le Rijksmuseum présente des trésors asiatiques dans la décoration intérieure hollandaise

En outre, l’exposition 'L’Asie > Amsterdam, luxe au Siècle d’Or' présente de nombreuses peintures du 17ème siècle : des natures mortes et des portraits de bourgeois qui s’étaient fait alors peindre entourés de leurs objets asiatiques luxueux récemment acquis. L’exposition est organisée en collaboration avec le Peabody Essex Museum de Salem, aux États-Unis. Les prêts proviennent notamment de Moscou, Saint-Pétersbourg, Versailles, Londres, Oxford, Madrid et Stockholm.

Sensation

kalf Les trésors asiatiques, fabriqués à partir de matériaux singuliers et luxueux, et ornés de motifs exotiques intrigants que personne n’avait encore vus jusqu’alors, firent très forte impression à Amsterdam. Ils colorèrent et enrichirent l’univers des Néerlandais, et excitèrent l’imagination et la curiosité. La porcelaine blanche extrêmement fine assortie de motifs bleutés en provenance de Chine, les dizaines de magnifiques laques et ivoires du Japon, les bijoux sertis de pierres précieuses indiennes et indonésiennes, les tissus de soie japonais, les coquilles aux formes biscornues, l’ébène noir, le filigrane indien... les Hollandais se pâmèrent d’admiration devant tant de beauté et transposèrent cet enthousiasme dans leur intérieur jusqu’alors beaucoup plus sobre. Il est à remarquer que ce ne sont pas seulement les plus riches qui purent s’offrir ces objets : une grande partie de la classe moyenne grandissante pouvait aussi se le permettre. Tout ce luxe haut de gamme fut amené à Amsterdam par « la première multinationale au monde », la Compagnie néerlandaise des Indes orientales [Verenigde Oostindische Compagnie, la VOC], à l’heure où la ville était le « plus grand port du monde »

Porcelaine

kendi Kendi, anonymous, 1580 - 1620La porcelaine bleue et blanche chinoise fut tout spécialement populaire. Elle était beaucoup plus fine, plus lisse et plus légère que la céramique qu’on produisait alors en Hollande. Très vite, la production de céramique s’affinât à Delft, où naquit alors la réputée « faïence de Delft », à l’origine chinoise donc. Dès 1660 environ fut introduite la porcelaine colorée nipponne, que les officiers de la VOC ramenèrent à leur retour d’Extrême-Orient. Elle fit également sensation et 20 ans plus tard, ce fut surtout la porcelaine Kakiemon rare et donc onéreuse qui fut la plus prisée au sein de l’élite hollandais. L’exposition permet de voir de très nombreux et somptueux exemples de récipients, plateaux, tasses et pots en porcelaine, notamment une pièce absolument unique de cruche munie d’un couvercle doré datant de 1640 environ et portant les armoiries de sa fière propriétaire Erita de Blocq.

Laques

Les Hollandais trouvèrent les laques japonaises non moins fascinantes : elles étaient plus rares et donc plus chères en raison du processus de fabrication complexe et qui nécessitait beaucoup de temps. Une petite armoire laquée coûtait au 17ème siècle environ 180 florins, alors qu’un officier de la VOC en gagnait en moyenne 54 par mois. L’Asie > Amsterdam présente une série de laques de la plus haute qualité, dont deux très grands coffres laqués. Le premier a été acquis par le Rijksmuseum il y a deux ans. Il est très richement orné d’or, d’argent, de nacre et même de cristal. Le second a été fabriqué tout spécialement pour la femme du gouverneur-général Van Diemen et porte d’ailleurs son nom. C’est parce que les Hollandais disposaient d’une telle position de confiance au Japon qu’ils ont pu acquérir de tels objets particulièrement rares. Jamais auparavant on avait pu voir aux Pays-Bas autant de laques de cette qualité.

Meubles précieux

lak Cabinet on stand, 17th century. Peabody Essex Museum, Salem, USALes intérieurs asiatiques comportaient à la base peu de meubles, et ceux que les officiers de la VOC emmenèrent avec eux sur place ne résistaient pas au climat tropical. C’est pour cela que les Hollandais firent fabriquer des meubles dans des espèces de bois locaux. Les fabricants de meubles asiatiques reçurent, il est vrai, des meubles occidentaux pour leur servir d’exemple. C’est ainsi que des buffets hollandais combinant matériaux et motifs orientaux et occidentaux furent créés. Ils étaient parfois incrustés d’ivoire, comme dans le très rare berceau décoré de représentations hindoues. L’ivoire était également utilisé dans d’autres objets, comme les petits coffrets du Ceylan dont un pourvu d’une représentation d’Adam et Eve : la commande d’un officier de la Compagnie sur place.

Les formes des meubles asiatiques ne convenaient pas toujours aux intérieurs hollandais. Ils devaient donc être adaptés à l’usage local. Les buffets bas laqués étaient placés sur un pied. Ils étaient même parfois sciés par des fabricants de meubles hollandais pour être réutilisés dans un nouveau buffet. Mais l’intérieur hollandais évolua également sous l’influence des objets de luxe asiatiques. La porcelaine était exposée sur des planches et des consoles spécialement conçues à cet effet. Les soies et les cotons importés introduisirent beaucoup plus de couleurs et de variations sous la forme de couvre-lits, rideaux et tapisseries.

Peintures

Les navires ramenèrent également à Amsterdam dans leurs cales diamants, pierres précieuses, filigranes, nacres, argenteries, soies, chintz et éventails, mais aussi du poivre, du thé et des animaux exotiques comme des perroquets et des singes. Il est évident que la bourgeoisie hollandaise voulait s’immortaliser au milieu de tout ce nouveau luxe. C’est la raison pour laquelle, à partir du 17ème siècle, les artistes hollandais introduisirent soudainement ces objets dans leurs toiles. Clara Peeters, Floris van Dyck, Pieter Claesz, Willem Claesz. Heda et Willem Kalf étaient passés maîtres dans la représentation de la texture de la porcelaine brillante. Celui qui voulait être réellement au goût du jour se faisait tirer le portrait avec une «robe de chambre » en soie, une longue et ample veste de soie de type kimono, comme le fit le pharmacien amstellodamois Johannes Hudde peint en 1686 par Michiel van Musscher. Celui qui pouvait servir du thé chinois d’une théière chinoise dans des tasses chinoises, le tout disposé sur une tablette laquée japonaise, avait réellement amené l’Asie sur un plateau à Amsterdam.

L’Asie > Amsterdam Luxe au Siècle d’Or
17 Octobre 2015-17 Janvier 2016

L’exposition L’Asie > Amsterdam est rendue possible notamment par le soutien de la Mondriaan Fonds, ING et le Rijksclub.

On peut voir l’exposition L’Asie > Amsterdam de 27 Février jusqu’à 4 Juin 2016 au Peabody Essex Museum

Downloads

Willem Kalf, Still life with a Chinese bowl, a nautilus cup and fruit, 1662
Photo Erik Smits/Monique Bröring
The Castle of Batavia, Andries Beeckman, 1661
Cradle, Anonymous, c. 1650 - c. 1700
Chest, attributed to Koami-werkplaats, c. 1635 - c. 1645
Ronde schotel van blauw beschilderde majolica, anonymous, ca. 1630 - ca. 1650
Sjah Jahan en zijn zoontje, Rembrandt Harmensz. van Rijn, anoniem, 1656 - 1658
Kist, beschilderd met bladranken, bloemen, vogels en een wapenschild met het monogram VM, toegeschreven aan Willem Kick, 1618
Kendi, anonymous, 1580 - 1620
Bow brooch, Anonymous, c. 1650 - c. 1675
Still Life with a Turkey Pie, Pieter Claesz., 1627
Bed cover, early 18th century. Peabody Essex Museum, Salem, USA
Japanese artist, Plate with Willem van Outhoorn arms. Peabody Essex Museum, Salem, USA
Chinese artist, sweetmeat set, c. 1690. Peabody Essex Museum, Salem, USA
Ewer, 1580-1620. Peabody Essex Museum, Salem, USA
Box, made c. 1640. Peabody Essex Museum, Salem, USA
Box, made c. 1640. Peabody Essex Museum, Salem, USA
Cabinet on stand, 17th century. Peabody Essex Museum, Salem, USA
Vest, 18th century. Peabody Essex Museum, Salem, USA
Attributed to Cornelis Bellekin, Oyster shell with the liberation of Andromeda, ca. 1660-1700 (mother of pearl) Collection Rijksmuseum
Chest Van der Lijn. c. 1635-1645, Japan. The State Historical Museum, Moscow
Portrait of a Family Playing Music, 1663. Pieter de Hooch. Cleveland Museum of Art, gift from the Hanna Fund
Panels for porcelains display, c. 1700-1720, Gemeentemuseum, The Hague
Still life with Ewer and Basin, fruit, Nautilus Cup and other object, Willem Kalf, c. 1600. Museum Thyssen, Madrid
Panel with floral still life, Dirck van Rijswijck, 1654. Wood inlaid with mother of pearl. Staatliche Kunstsammlungen Dresden
Cabinet (with an elephant hunt and the island of Matara), c. 1660-1670. Wood, tortoiseshell, overlaid with carved ivory. The Ashmolean Museum, Oxford. Purchased with the assistance of the Friends of the Ashmolean Museum
Jan van der Heyden, Room Corner with Rarities, 1712. Szépmûvészeti Múzeum Budapest Credit line: Purchased, Esterházy Collection, 1871 29 1/2 x 25 in. (75 x 63.5 cm)
Hendrik Cornelisz Vroom, The Return of the Fleet, 1599
Joan Nieuhoff, Delftware plaque with chinoiserie-images, ca. 1670-1690
Spice box in the shape of the ship Mauritius, Anonymous, c. 1600
Plate with the arms of Frederick I, Elector of Brandenburg and King of Prussia, De Grieksche A, weduwe Pieter Adriaensz. Kocx-Van der Heul, c. 1702 - c. 1722
Bloempiramide van Delfts aardewerk, Anonymous, c. 1690 - c. 1720
Portrait of Johannes Hudde (1628-1704), burgomaster of Amsterdam, Michiel van Musscher, 1686
Charger with VOC monogram (Dutch East India Company), ca. 1630 Peabody Essex Museum, USA
Ewer and basin, Lacquer, wood, gold, ca. 1700 Peabody Essex Museum, USA

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